Montfort

Départ d'un train à vapeur

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La sablière de la locomotive à vapeur

Une photo d’une locomotive à vapeur du chemin de fer de colonisation de Montfort était affichée au Pavillon Montfort.1 Monsieur Gérard Chartier nous indique le drôle de dôme sur le dessus de la locomotive; en forme de casque de soldat allemand des 1re et 2e Grandes Guerres. Il en part un tube de chaque côté qui descend jusqu’aux roues. «Savez-vous à quoi ça peut servir?» Eh bien; c’est un réservoir à sable que le chauffeur actionne pour en laisser tomber sur les rails et permettre aux roues de mieux y adhérer au besoin.

Le frottement des roues d’acier contre les rails est minimisé par l’emploi de ce matériau; ce qui permet à la locomotive de tirer de fortes charges. Mais, au départ d’un convoi lourd, pour monter ou descendre une côte et en hiver probablement, les roues motrices de la locomotive ont besoin de plus d’adhérence. Depuis le début, on a équipé la locomotive à vapeur de divers systèmes de sablière2 pour amener par gravité le sable juste au bon endroit sur le rail. «…le réservoir de sable contient du sable calibré et séché.»3

Sur les photos de grosses locomotives, on voit souvent plusieurs de ces dômes dont la base doit épouser la forme cylindrique qui les supportent. Il n’est pas évident pour le profane de savoir s’il s’agit du dôme de vapeur ou de sablières. Et Monsieur Chartier ne nous a pas encore expliqué comment on pouvait bien remplir ces dernières…

1. Celle qui apparaît sur le dépliant «Wentworth-Nord de grands espaces» et sur les grands panneaux déployés au début d’octobre(?).
2. Sablière de locomotive : https://www.cnrtl.fr/definition/sablière
3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Sablière_(chemins_de_fer)

Par Carl Chapdelaine

La plaque tournante

L’actuel parc de la Plaque tournante, à Montfort, rappelle l’existence d’une telle installation du Canadien National pour le retournement de la locomotive lorsqu'un convoi terminait son voyage à ce village. Monsieur Gérard Chartier se souvient de la façon dont fonctionnait le moteur qui actionnait cette plaque tournante. Il était mu par la vapeur de la locomotive à réorienter; cette dernière étant raccordée au moteur par un boyau. Il avait vu l’opération maintes fois.

On pourra trouver le détail de l’opération d’une telle plaque tournante dans Wikipedia fr. Wikipédia En. et ailleurs. On explique qu’il y avait d’abord une fosse circulaire (d'environ 4 pieds de profondeur à Montfort). Un pont en acier, en équilibre sur un pivot central dans la fosse, pouvait être orienté dans toutes les directions. Un mécanisme permettait d’aligner les rails sur la voie de sortie et de les verrouiller dans cette position. 

Selon le modèle construit, comme à Montfort, les extrémités du pont pouvaient porter sur des roues d’acier qui voyageaient sur un rail circulaire à la circonférence de la fosse. Cela répartissait le poids de la locomotive avec son tender, plutôt que de le voir entièrement supporté par le pivot central. Certains de ces ponts étaient articulés; le poids de chacune des deux sections (rayons) du pont, à partir du pivot central, pouvait être rééquilibré pour empêcher qu’une trop forte charge ne porte plus sur une extrémité que sur l’autre. Ce n’était pas le cas du nôtre; l’opérateur devait alors faire avancer ou reculer la locomotive pour équilibrer au mieux le poids de l’ensemble sur le pont. Les plus grosses locomotives, avec leurs roues énormes, arrivaient tout juste à s’y placer.

À Montfort, le mécanisme de rotation de la plaque était actionné par un moteur pneumatique (i.e. à air comprimé), alimenté par la locomotive qui se trouvait sur le pont tournant. «L’opérateur de la plaque tournante raccordait un tuyau reliant le compresseur d’air d’une locomotive à vapeur au moteur de la plaque tournante …»   Trains are fun

Certains opérateurs de la plaque tournante de Montfort pouvaient laisser les jeunes monter sur le pont pour leur faire vivre une expérience toute spéciale sur ce manège improvisé et qui préfigurait ainsi la vocation actuelle de ce lieu. Pour arriver à leurs fins, les jeunes devaient parfois plutôt profiter d’un moment d’inattention de l’opérateur en se cachant derrière la locomotive.

Une visiteuse au pavillon Montfort, lors du week-end dernier des journées de la culture, a montré à M. Chartier une photo qui dévoilait une petite section de la plaque tournante du village. Il n’y aurait rien à en tirer selon lui; mais nous aurions pu peut-être reconstituer l’ensemble à l’aide de cette photo.

Plaque tournante de Greenport: Oyster Bay turntable
Le train à vapeur à Montréal : Old time trains

Par Carl Chapdelaine

La pompe du château d’eau du CN

Au temps de la locomotive à vapeur, qu’est-ce qui pouvait bien faire fonctionner la pompe propulsant l’eau dans le château d’eau du CN au lac Chevreuils? M. Gérard Chartier fouillait dans ses souvenirs sans pouvoir retracer exactement la réponse. Mais il savait qu’il n’y avait pas d’électricité dans cette installation. Il ne pouvait donc pas s’agir d’une pompe électrique ou fonctionnant au diesel; seul le pouvoir d’eau devait être en cause.
C’est peut-être après être descendu dans le caveau sous la citerne disparue qu’il trouva enfin l’explication; puis les termes appropriés dans le dictionnaire. Il s’agissait d’une pompe à énergie hydraulique, dite bélier hydraulique; mais dans son temps, on disait bélier mécanique. Aucune trace de cette pompe dans le caveau aujourd’hui.

On peut déduire que l’eau y arrivait sous pression par le tuyau sortant du bas de la partie visible du barrage situé au déversoir du lac Chevreuils, de l’autre côté de la voie ferrée par rapport au château d’eau. L’élévation entre le terrain où était situé ce dernier et le niveau du lac étant de moins d’un mètre, et la pompe étant dans un caveau profond de plus d’un mètre, elle devait donc déjà être sous le niveau d’eau du lac, élevé par son barrage.

Un peu comme dans le cycle d’un moteur à piston, une soupape se ferme subitement dans cet assemblage que constitue le bélier hydraulique et où aboutit le tuyau. L’eau arrivant sous pression donne alors un coup de bélier sur la soupape, comme lorsque l’on ferme un robinet qui n’est pas muni d’un dispositif d’absorption. C’est cette énergie cinétique qui fait monter cette eau dans la citerne par un tuyau à la verticale, muni d’un clapet anti-retour. Puis la pression revient à la normale et la soupape à ressort s’ouvre pour que le cycle puisse recommencer. Ce dispositif ne commande donc aucune utilisation d’énergie fossile ou autre; c’est peut-être l’énergie verte aujourd’hui recherchée. Les coûts d’entretien du bélier hydraulique sont également des plus minimes. À l’époque, la présence d’un lac ou d’une rivière favorisait ce type d’installation. Wikiwater.

Note : Monsieur Chartier a aussi une explication pour le fonctionnement de la plaque tournante. La vapeur de la locomotive serait-elle en jeu? À suivre…

Par Carl Chapdelaine

Les misères du train de Montfort

(Version préliminaire)

Ces informations et anecdotes du passé sont tirées du deuxième article d’une série de trois, de M. Peter Murphy, et intitulée «Trains up North», pour la revue Canadian Rail.* D’anciennes photos illustrent l’article.

La première voie ferrée, d’une largeur de trois pieds et rejoignant Lac-des-Seize-Îles en 1895, avait évidemment nécessité, de la part de la Montfort Colonization Railway Company, de percer une voie dans la forêt. On dit que les souches et les racines servirent à remplir en partie les dépressions tout au long du chemin. Cela serait à la source des multiples affaissements du sol que l’on constaterait plus tard, une fois le bois pourri.

En raison des courbes serrées et des pentes raides à franchir, la section de la voie de Morin Flats au lac des Seize-Îles était pour le moins difficile à parcourir; même pour un train à voie étroite, dit plus adapté à ce type de terrain. La dénivellation entre les lacs Chevreuil et Saint-François-Xavier demeurait un défi; même une fois inauguré le standard de voie ferrée plus large. Le 7 décembre 1897, le train, cette fois de la Montfort and Gatineau Colonization Railway, se rendrait jusqu’à Huberdeau sur cette nouvelle voie. Mais, en 1902, la compagnie, en faillite, allait être rachetée par la Great Northern Railway Company of Canada qui fusionnerait pour devenir la Canadian Northern Quebec Railway (CNorQ).

Le fret était presque essentiellement constitué du bois des scieries, auquel s’ajouterait quelque minerai pendant une certaine période (entre 1916 et 1926 probablement pour le transport d’argile à céramique ou kaolin). Mais ce fret, comme les passagers, devait initialement être transféré dans les trains du CPR à l’ancienne Jonction Montfort, de Saint-Sauveur; un délai et des coûts qui rendaient toute l’opération et les produits non compétitifs. Un tronçon propre à la CNorQ allait plus tard être construit de Saint-Jérôme à Saint-Sauveur pour rejoindre la ligne allant à Huberdeau; tandis que la compagnie entreprenait en même temps de construire une voie vers Montréal. En attendant son prolongement jusqu’à la grande ville, les passagers prendraient le train du CPR de la station de la Place Viger, dans la métropole, pour se rendre jusqu’à la nouvelle Jonction Montfort, à Saint-Jérôme, et passer dans le train de la CNorQ pour Huberdeau. 

En 1919, la compagnie avait obtenu une promesse de subvention pour prolonger la voie ferrée jusqu’à la rivière Gatineau. Elle comptait ainsi pouvoir utiliser les 9 milles de voie privée de la Canadian China Clay (kaolin) Company's mines, passant par St-Rémi-d’Amherst, qu’elle avait en partie  rachetée ou reconstruite. Mais la section de 2,33 milles du Lac Remi fut jugée non conforme au standard exigé par le gouvernement qui retint sa subvention. Ce  n’est que lorsque le chemin de fer devint propriété du Canadian National Railway que ce dernier amena, en 1926, cette voie aux standards exigés.

L’année précédente, le CNR avait construit sa propre voie entre Saint-Jérôme et le Tunnel terminal, sur la rue Lagauchetière, qui deviendra la Gare centrale et où convergeront tous les trains du CN. Le train pouvait dès lors franchir sans transbordement les 93 milles qui le séparaient de Lac Rémi.

Les souvenirs de l’époque du premier train de Montfort sont rares. Mais certains patriarches ont raconté des histoires à faire se dresser les cheveux sur la tête. Le vieux père Ducharme, un Montfortain, vantait pour sa part les qualités de promoteur du Curé Labelle, qui avait réussi à faire implanter l’orphelinat agricole de Montfort dans un «désert de roc», où l’on ne penserait même pas à avoir un potager… 

La succursale d’Huberdeau allait plutôt être dans un «désert de sable». Durant l’hiver 1912-13, alors que le train était le seul lien entre cette commune et le reste du monde, une tempête de neige bloqua la voie pendant plus d’un mois, privant l’orphelinat de vivres et autres biens essentiels. Les Pères allaient par la suite s’assurer de faire suffisamment de provisions à l’automne pour ne plus avoir à vivre une telle situation.

Dans les années 40, on allait régulièrement avoir deux locomotives à la tête du train; ce qui n’était pas anormal. Chaque locomotive était opérée séparément; cela demandait une grande coordination et une extrême vigilance. L’ingénieur de la deuxième locomotive d’un convoi qui quittait Lac-des-Seize-Îles fit subitement actionner le sifflet d’alarme. Toujours sur le qui-vive, il avait vu qu’une roue motrice de la locomotive de tête allait sortir de son essieu. L’équipe de techniciens, probablement venue des ateliers Angus, à Montréal, mit deux jours à réparer le tout sur place. La locomotive de tête avait auparavant été détachée et le train avait pu reculer jusqu’à son point de départ.

Les premières locomotives utilisées étaient légères; elles convenaient mieux aux courbes accentuées, aux ponts légers ou sur chevalets, comme celui de Newaygo. Après l’achat par le Canadian National, les locomotives furent plus puissantes.

Avant le freinage à air comprimé, le serre-frein avait fort à faire dans les côtes. Le train allait à vitesse réduite et les passagers s’en plaignaient. Il y avait aussi l’arrêt au château d’eau du lac Chevreuil qui imposait une halte parmi d’autres. Celle de Saint-Jérôme était aussi incontournable.

À Montfort, on ne se demandait pas tellement quand mais plutôt si le train allait arriver; et son approche, avec le nuage de vapeur et le bruit, ne passait pas inaperçue. Tout était alors fait rondement. La locomotive auxiliaire était détachée, ainsi que plusieurs wagons, pour laisser le reste du convoi filer vers Huberdeau.

Les passagers les plus enthousiastes furent sans contredit les skieurs des années 40 et 50. Les trains étaient pourtant alors si bondés que certains devaient parfois se contenter du wagon à bagages. Le retour de ces amateurs de ski exténués se faisait dans les mêmes conditions. En été, la clientèle du week-end était différente.

L’automobile et l’autobus allaitent changer la donne. Et même la venue du diesel, qui n’avait pas les contraintes de la machine à vapeur, ne raccourcirait pas suffisamment la durée du trajet pour assurer le maintien de la clientèle et donc du service; surtout après l’ouverture de l’autoroute des Laurentides.

Résumé par Carl Chapdelaine

*Canadian Rail, no 284, 1975

Château d’eau du CN

M. Gérard Chartier nous décrit ce dont il croit se souvenir de cette citerne à eau qui alimentait la locomotive à vapeur à l'arrêt de la sortie du lac Chevreuil, non loin du petit pont bleu. Son frère en a une photo. Cet emplacement profitait à la fois de la proximité du lac et de la voie ferrée. La distance entre la gare de Montréal et le château d’eau correspondait probablement aussi à la capacité du réservoir d’eau de la locomotive, nous explique M. Chartier.

Les quatre bases de béton qui supportaient les pieds de cet immense réservoir métallique (acier galvanisé?) sont encore bien visibles en bordure du Corridor aérobique. On retrouve aussi le caveau de béton, de plus d’un mètre de profondeur, situé sous le réservoir et abritant la pompe qui puisait l’eau du lac pour la faire monter dans la citerne.

Un tuyau articulé sortait du réservoir (l'avant-précurseur du Bras canadien de la Navette spatiale sans doute...) En le manipulant avec une corde, le chauffeur, monté sur la passerelle de la locomotive, au-dessus des roues, en plaçait le bec sur l’ouverture  du compartiment à eau. Pouvait-il y avoir eu des tenders avec réservoir à eau (wagon rattaché ou fixé à la locomotive et comportant un compartiment à charbon et possiblement un réservoir à eau)? (La citerne de Spadina en photo, jouissant d’une plus forte pression, utilisait plutôt une canalisation souterraine qui alimentait un tuyau-poteau près de la voie ferrée et près duquel se plaçait la locomotive.) 

Entre la base et le réservoir perché sur ses quatre pieds, il y avait un habitacle où se trouvait une fournaise à charbon pour chauffer l’eau en hiver et l’empêcher de geler. Il existait, toujours en s'éloignant du petit pont bleu, une station où, en hiver, logeait l'employé chargé d'alimenter la fournaise. (Nous n'avons pu en trouver trace.) Le train pouvait y laisser ou y prendre des passagers.

Certains jeunes grimpaient, à l'aide de l'échelle, sur le sommet de ce château d'eau. Mais, comme sa toiture dépassait le mur du réservoir, vous étiez forcé, tel un alpiniste, de vous pencher fortement vers l'arrière pour contourner ce rebord; M. Chartier ne pouvait s'y risquer.
Il y avait des locomotives de 1 800 gallons; d'autres de 2 500 gallons. Parfois deux locomotives tiraient d'importants convois. Il fallait à l'occasion diviser le train en deux pour franchir la dénivellation entre le lac Chevreuil et le lac Saint-François-Xavier; ou se faire suivre deux trains. Dans le premier cas, la locomotive redescendait alors la pente à reculons pour venir chercher le reste des wagons. La locomotive pouvait trop souvent patiner dans la côte; usant rails et roues d'acier. Les fins de semaine, à cette époque, des centaines de visiteurs empruntaient en effet cette ligne de chemin de fer, nous assure M. Chartier.

Il y avait probablement eu, auparavant, un château d'eau en bois; enfermant assurément un immense réservoir métallique. On peut voir un tel château d'eau en vieille gare de Sainte-Adèle sur la photo (ci-jointe), affichée près du pont qui enjambe la dernière section du lac Chevreuil. Une affiche semblable pourrait rappeler l'existence de notre château d'eau à l'endroit où il s'érigeait si majestueusement; il ferait d’ailleurs judicieusement partie d'un circuit patrimonial.

Un bout du tuyau qui alimentait certainement le château d'eau du lac Chevreuil à partir du déversoir de ce lac, et qui passait sous la voie ferrée, est encore visible au pied du petit barrage. Ce dernier rehausse le niveau du lac et assurait probablement le bon fonctionnement du système.

Par Carl Chapdelaine

Histoire du chemin de fer de Montfort

(Compte-rendu de la présentation de M. Claude Martel, tenue au pavillon Montfort le 26 mai 2019.)

C’est dans le cadre de ses recherches académiques que le géographe-historien Claude Martel a constitué une impressionnante base de données historique sur les chemins de fer du Québec. Il allait, au cours des ans, y ajouter de nombreuses analyses et notices historiques, doublées de recueils cartographiques et de photos. Conscients du devoir de transmettre le fruit de ses recherches, lui et un autre géographe, M. Yves Fréchette, fondèrent l’Institut de recherche sur l'histoire des chemins de fer au Québec

La présentation de l’histoire du chemin de fer de Montfort par notre conférencier n’est donc qu’un chapitre de cette quasi-encyclopédie du chemin de fer au Québec.

Depuis le début de la colonie, la voie d’eau était le principal moyen de transport de marchandises. L’apparition du chemin de fer au pays, dans les années 1826-27, ouvrait des perspectives bien plus pratiques pour le transport du bois, des céréales, des animaux de boucherie, du lait, etc. Et alors que les cours d’eau étaient gelés en hiver, la voie ferrée serait éventuellement ouverte à l’année. La poste serait rapidement associée au déploiement de la voie ferrée à travers le pays. (En 1987, la vieille gare d’Arundel, restaurée et relocalisée, a repris cette fonction de bureau de poste.)

La Champlain & St. Laurence RR, financée par le propriétaire de la brasserie de Montréal, John Molson, sera la première compagnie de chemin de fer du Canada. Sa ligne Saint-Jean-sur-Richelieu - La Prairie a été conçue pour court-circuiter la voie navigable du Richelieu, liant le lac Champlain au fleuve Saint-Laurent, à Sorel. Elle réduisait de beaucoup la durée du trafic entre Montréal et New-York. Puis se signalera le Grand Trunk Railway, assurant la liaison Montréal – Toronto. La Montreal Northern Colonization Railway Company, dont le but était de relier Montréal à Saint-Jérôme, serait à l’origine du «Train du Nord», comme l’appelait le célèbre curé Labelle. Elle sera plus tard rachetée par le Canadien Pacifique.

Contrairement à aujourd’hui, il y avait de nombreuses petites compagnies à l’époque; mais aux capacités financières limitées. Et comme vous pouvez déjà le constater, dans le monde du rail, l’anglais était la norme.

Le choix de la largeur des voies ferrées standard pour les trains et les tramways nous replonge dans l’Antiquité. Elle allait être, comme en Europe, de 1 435 millimètres, soit 4 pieds, huit pouces et demi (4’8­½’’). Et pourquoi cette dimension? Elle était copiée sur celle de la voie romaine; pour permettre alors la circulation des chars. (Mais il y en avait de plus larges, pour plus de stabilité, et de plus étroites.)

Le chemin de fer de de Montfort fut créé dans un but évident, entre autres, de colonisation francophone et catholique du territoire situé au sud-ouest de l’axe déjà colonisé de Saint-Jérôme – Labelle par le Train du Nord. Il partirait de la Jonction Montfort, à Piedmont (Saint-Sauveur), pour relier là, au Train du Nord, une voie ferrée qui irait jusqu’à Huberdeau (Arundel) et Lac Rémi. Elle fut d’abord à écartement des rails de 3’. Il s’agissait de ce que l’on qualifiait de chemin de fer économique. La Montfort Colonization Railway Company allait profiter du passage d’une voie ferrée du Témiscamingue à la grandeur standard pour récupérer du matériel nécessaire pour son propre chemin de fer. Cette voie étroite, nous explique M. Martel, avec les petites locomotives et wagons qui l'empruntaient, était en fait plus adaptée à une région vallonnée et à un parcours sinueux. Ce chemin de fer serait très important à l’époque où Montfort était un village bien plus imposant que celui d’aujourd’hui. Il y avait même une chanson-thème pour la «Montfortaine», sur l’air de la Marseillaise. 

En 1895, le train se rendait déjà à Lac-des-Seize-Îles. Le transport de fret était déterminant pour la rentabilité de l’entreprise, et l’on cherchait toujours à ratisser plus grand. Mais la ligne n’était toujours pas rentable; tandis que l’on songeait à prolonger le chemin de fer jusqu’à Lac Simon et la vallée de la Gatineau. La Montfort & Gatineau Colonization Railway remplacerait la compagnie originale; elle serait cependant en faillite en 1902. La Great Northern Railway of Canada, qui relierait Rivière-à-Pierre (une station sur la ligne Québec – le lac Saint-Jean) à Hawkesbury, achèterait la voie et du matériel. Puis cette dernière fusionnerait pour devenir la Canadian Northern Quebec Railway.

Vu l’espacement de 3 pieds des voies, le transbordement de la marchandise à la jonction Montfort, où les voies du Petit train du Nord (CPR) étaient du type standard, causait toujours problème. Les rails du chemin de fer économique étaient également associés à une norme de 56 lb; bien moins que celle des voies standards. On envisagea rapidement d’adopter le gabarit standard; ce fut à l’été 1897. En 1907, la compagnie développera une voie (13 milles) entre Saint-Sauveur et Saint-Jérôme. La Jonction Montfort sera déménagée en banlieue sud de Saint-Jérôme, où la nouvelle voie croisait les voies du même standard du CPR. L’emprise d’un tronçon de la vielle section étroite est encore visible à Piedmont (Saint-Sauveur).

Le chemin de fer de la compagnie n’a pas de lien propre via la vallée de la rivière du Nord pour aller directement à Montréal; mais elle en a un qui rejoint Joliette. On doit donc faire un détour vers l’est pour rejoindre la grande ville (à Hochelaga). Il faudra 5 heures pour aller de Montréal à Arundel en train. Pour le voyageur, il peut être plus avantageux de transférer dans le train du CPR à son croisement avec celui de Montfort.

Les horaires de train montrent le grand nombre de gares ou simple arrêts sur demande (flagstop) qui existaient à l’époque. C’est que l’ère de la villégiature a commencé; on voit d’abord les anglophones de l’Ouest de Montréal initier le mouvement.

Avec la Première Guerre, trois grandes compagnies font faillite, dont la Canadian Northern Quebec Ry. Le gouvernement doit reprendre le service en créant la Canadian Governmental Railway, qui deviendra le Canadien national.

Le conférencier nous présente maintenant l’aspect «exploitation ferroviaire» de son sujet; avec le type de matériel utilisé. On en est à la locomotive à vapeur; de différents formats identifiés par le nombre et la grosseur des roues. Il y a les voitures de passagers, première et deuxième classe; puis le wagon à bagages. Les wagons couverts (box cars) et à plate-forme (flats cars) pour le fret. Les locomotives sont alimentés au bois; puis au charbon. Les gares disposent de prises ou de citernes d’eau, dont les locomotives font grand usage. À l’orphelinat de Lisbourg (Montfort), on prenait l’eau de l’étang qui servait aussi de piscine aux orphelins.

L’aspect «activité économique» suit l’exposé précédent. Le train circule d’abord du lundi au samedi; reflétant ainsi l’importance des activités de fret. À partir de 1915, avec la montée de la villégiature et des voyages de loisir, apparaissent les trains de week-end. En 1927, le «Petit train du Nord», avec ses «trains de neige» transporte des centaines d’amateurs par voyage. Parmi les gares les plus populaires alors, il y a Saint-Sauveur, Shawbridge et …Montfort! Il y a aussi un horaire estival; avec de multiples arrêts. La ligne de Montfort est alors dite la plus pittoresque de l’Est du Canada.

Avec le début des années trente, suite à la Crise économique, une rationalisation du trafic s’impose. Moins de trains; mais apparaît le train aller du vendredi soir et retour du lundi(?). Au début des années 50, la popularité de l’automobile et de l’autobus, avec le déploiement du réseau routier, sonne l’heure du déclin du chemin de fer. Le service quotidien disparaît; alors que demeure celui du week-end. La fermeture de l’orphelinat de Montfort, décrétée au milieu des années 50, précipitera la fin du chemin de fer de Montfort, comme le déclin du village, lui-même.

Quant au fret, on parle surtout de bois et de quelques produits miniers. La locomotive au diesel succédera à celle à vapeur; mais ce type de train s’avérera mal adapté au chemin de fer de Montfort.

M. Martel glisse un mot sur l’existence nécessaire de voies d’évitement ou de garage près des gares, de quelques plaques tournantes ou, à défaut, de triangles de retournement (Y) pour permettre de réorienter la locomotive. Ces derniers ouvrages demandaient parfois des prouesses de génie; comme pour construire un Y à cheval sur un cours d’eau, faute d’endroit plus propice (à Huberdeau?). La seule plaque tournante du chemin de fer de Montfort était située à l’emplacement de l’actuel parc qui porte ce nom, à Montfort. Le train doit aussi tenir compte des limites de vitesse à respecter dans les courbes et des dénivellations à franchir.

Peu de gares originales existent encore aujourd’hui; celle de Lac Rémi fait partie des rares exceptions.

Note : Devant l’ampleur du contenu de la présentation, l’on nous excusera de n’en avoir présenté qu’un compte-rendu à saute-mouton.

Par Carl Chapdelaine

L'hiver des Algonquins

Nomades, les Algonquins de nos régions avaient fort à faire pour s’adapter au passage de l’été à l’hiver. On peut aujourd’hui voir que notre camping, qui relève de notre intérêt pour revivre comme autrefois dans la nature, et certains de nos équipements de sport ont hérité de leurs pratiques. À l’arrivée de la saison froide, ils quittaient le bord des cours d’eau où ils s’étaient regroupés durant la belle saison et où ils s’adonnaient à la pêche et à la cueillette, pour s’enfoncer par bandes familiales en forêt*.

Mangeurs de viande plus que les Amérindiens sédentaires, ils chasseraient le petit comme le gros gibier pour se nourrir, se vêtir, fabriquer leurs wigwams (chez les tribus les plus au nord), leurs raquettes, certains outils et armes, etc., ou accumuler les peaux de castors et autres pour la traite avec les Blancs. Au printemps en effet, plusieurs descendraient la rivière Rouge et ses affluents pour camper près de l’embouchure de la rivière de la «Petite-Nation», sur les bords de l’Outaouais, où ils pratiquaient le commerce avec d’autres peuples autochtones, puis plus tard celui des «pelleteries» avec les «voyageurs» et les «coureurs des bois» français.

«Les vêtements que portent les Algonquiens sont très pratiques parce qu’ils gardent au chaud et qu’ils sont durables. Lorsqu’il fait très froid, les Algonquiens portent un «capot long» qui est un manteau long fait de sept ou huit peaux de castor.» Mais la fourrure d’ours, qu’ils chassaient pendant leur période de dormance, était aussi très prisée pour la confection de capes (vêtement sans manche). Ours noir, Wikipedia

Leurs wigwams ressemblaient à «de grandes tentes en forme de cône ou de dôme». Moins grands que chez les populations semi-nomades ou que les maisons longues des Iroquois, ils étaient facilement démontables. Dans leurs déménagements ils en apportaient les pans d’écorce de bouleau ou de peaux cousues qui recouvraient leur armature de perches. Ils allaient éventuellement réutiliser cette dernière lorsqu’ils reviendraient au même endroit. En hiver, ils repoussaient la neige contre les parois des wigwams pour mieux s’isoler du froid et couvraient leur sol avec des branches de sapin baumier. Ils troquaient canots et pagaies pour le toboggan et les raquettes; cette traîne sauvage leur permettait de transporter wigwams et autres bagages et de continuer probablement à emprunter les cours d’eau sur la surface gelée.

Par Carl Chapdelaine

AKI, Sociétés et territoires autochtones

Tête de huard et Truite agile (conte)

Pays-d’en-Haut : notre patrimoine?

Si le patrimoine des Pays-d’en-Haut était l’héritage que nous avaient légué ceux qui y vivaient avant nous, ne faudrait-il pas éviter de le limiter à l’après-colonisation du territoire par les Européens? Nous savons bien que les autochtones, nos Indiens, occupaient en fait tout le continent. Plus près de nous, Samuel de Champlain avait identifié, parmi six groupes d’Algonquins (Anishinabeks)1, les Weskarinis (peuple du Chevreuil3), ou Petite-Nation, qui vivaient le long de la rivière à laquelle il a donné ce nom et d’autres affluents de l’Outaouais. Certains n’auraient-ils pas même pu habiter au lac Saint-François-Xavier, «dans leurs maisons de bouleau ou leur tentes»?

Lacs, rivières et autres éléments du paysage de nos Laurentides portaient des noms en langue algonquienne avant d’être renommés en français ou en anglais, nous rappelle Serge Bouchard dans son récit «Les lacs»*. En même temps que s’effondraient ou s’assimilaient les populations autochtones, c’est aussi en fait toute une civilisation que l’on poussait dans l’oubli. On avait, entre autres, remplacé leurs croyances et on les avait privé de tout pouvoir jadis en créant ce pays. Plus récemment, on a cantonné les Algonquins nomades dans quelques réserves, leur enlevant définitivement leur mode de vie, leurs moyens traditionnels de subsistance, leurs terres, leurs cours d’eau... Clairsemé dans un multiculturalisme envahissant et noyé dans une immigration galopante; ne pouvant trouver refuge dans l’évolution rapide de notre mode de vie, ce peuple sous respirateur artificiel ne va-t-il pas disparaître à jamais?

Aujourd’hui, alors que l’on cherche autant à reconnaître les erreurs du passé qu’à apprécier les valeurs de cette civilisation, ne devons-nous pas nous presser d’agir en conséquence et tenter de faire revivre ce patrimoine? En effet, si l’on a pu recueillir, même assez récemment, les propos d’Algonquins d’âge vénérable sur la vie et les enseignements de leurs propres aînés, ces sources d’information se font de plus en plus rares. 

Après avoir donc, jadis, francisé et déjà épuisé le répertoire des noms de saints de l'Église pour remplacer les toponymes inconnus ou souvent imprononçable des cours d’eau du Québec, les autorités ont plus récemment fait marche arrière. Au cours des dernières décennies, la Commission de toponymie du Québec a réalisé, avec l’aide des conseils de bande, un important inventaire de «La toponymie des Algonquins»1, un élément important de leur culture et la plus représentée dans la nomenclature autochtone québécoise.Ainsi, autant nous connaissons aujourd’hui de lacs Long (Kakinogama), Rond (Kawawiekama), Carré (Kakake), Du chevreuil (Wawacikeci Sakaikan), À l’ours (Mako), Au castor (Amik), Au héron (Asaki), Au doré (Oka), À la truite grise (Nemego), Au canards (Cibib), Au Huard (Mungo), Du corbeau (Kâkâgi), Ouareau (Au lointain), Argenté (Côniyâ), Noir (Kamakatewakamicik), À la croix (Kamanitcociwicipatik Sakaikan), etc., autant ces appellations et bien d’autres peuplaient la géographie de ces nomades qui naviguaient dans les cours-d’eau en canot d’écorce et portageaient dans les cols à franchir entre les bassins hydrographiques. Et si certains lacs, comme plusieurs de nos villes, provinces et même l’appellation de Canada par Jacques Cartier ont plus ou moins conservé leur nom autochtone, nous pouvons ainsi au moins savoir ce qu’ils signifient. «Témis», comme dans Témiscouata ou Témiscaming, c’est profond, etc.

Les anciens noms de multiples lacs et autres entités nous sont même maintenant connus. Mais un tel inventaire s’applique là où vivent encore, dans six réserves et trois établissements amérindiens, les représentants de ces nations; c’est-à-dire bien au-delà des Pays-d’en-Haut, dans les Hautes-Laurentides, en Mauricie ou en Abitibi. Il nous semble peu probable que l’on puisse aujourd’hui faire de même ici.

Devons-nous pour autant nous contenter de repêcher les artefacts autochtones ou de les récupérer dans des sites archéologiques pour les placer dans de rares musées? Isolés dans leurs lointaines réserves, les Algonquins connaissent encore leur langue maternelle. Et, s’ils vivent encore parfois un peu à la façon de leurs ancêtres, n’y a-t-il pas pour nous lieu de vite copier leur quotidien en trois dimensions et de le recréer dans ces musées? Ce portrait nous rappellera ce qu’étaient les Pays-d’en-Haut avant nous et que toute une nation pouvait y vivre.

Pour en savoir plus sur les Weskarinis, «ces gens (pour Champlain) qui voyagent au nord de l’Outaouais, entre les rivières du Nord, de la Rouge et de la Petite-Nation», vous pourriez vous procurer le récit de Jean-Guy Paquin, «Au pays des Weskarinis», dont le numéro de l’été 2018 de La Mémoire, de la Société d’histoire et de généalogie des Pays-d’en-Haut, vous donne un aperçu. (L’auteur a donc un site internet.) Il y aura par ailleurs l’édition 2018 de la fête autochtone Kwei-Kwei**, au Parc régional de la Rivière du Nord, à Saint-Jérôme, le 29 (ou remis au 30) septembre.

Par Carl Chapdelaine

* On peut aussi trouver dans son récit la description que nous avons apprise de la «vie» d’un lac; mais sans utilisation de quelque terme technique.
** Un événement probablement initié par un immigrant français, M. Vincent Drieu, accueilli par l’Indien Roger Echaquan et fondateur de Kwei-Kwei Québec.

  1. La toponymie des Algonquins
  2. Patrimoine culturel de la MRC d’Antoine-Labelle Fiche no.11 : La présence amérindienne 
  3. La MRC de Papineau: Historique de la région de Papineau 
  4. La nation algonquine Anishinabeg 
  5. The end of the Algonquin forest

Naw-wa-goo?

La Commission de toponymie du Québec donne bien le nom de Newaygo à notre hameau dans son Dossier «La toponymie des Algonquins»1, mais n’en explique pas la source ou la signification. Il y a au Michigan par contre un comté qui se nomme Newaygo, d’après le nom (Naw-wa-goo) d’un chef indien Chippewa, du peuple des Ojibwés. On y retrouve d’ailleurs un barrage du même nom, construit au début du 20e siècle.2 D’après un relevé du Department of Geography, Environment, and Spatial Sciences, du Michigan State University, Newaygo signifierait «beaucoup d’eau».3 Selon une autre source de cet État, le nom indien serait plutôt “kenewaygoing” et qualifierait «l’endroit où le garçon a une arête de poisson dans la gorge*» (“place where boy have fish bone in throat”)4. Les mêmes noms peuvent se retrouver ici puisque les Ojibwés sont présents au Canada et aux États-Unis. «Ils sont étroitement liés aux Outaouais et aux Algonquins…» «Leur langue fait partie de la famille des langues algonquiennes, largement parlée au Canada.»5  

Y avait-il des Algonquins au lac Saint-François-Xavier au moment de la colonisation par des Blancs, à la fin du 19e siècle? Les récits des Pères Montfortains ne nous semblent nullement en mentionner l’existence. Comment cet endroit aurait-Il pu conserver son nom amérindien d’origine si personne n’y habitait au moment de la colonisation? Le nom aurait-il au contraire été attribué par les nouveaux arrivants qui auraient pu l’emprunter d’ailleurs? Ainsi, une multitude de lots minuscules, dits plus tard orphelins, auraient été achetés par correspondance en quelque sorte ou dans une sorte de loterie, par de futurs propriétaires américains peut-être, voire du Michigan, et dont la plupart ne sont finalement jamais venus de si loin pour s’installer au lac. Plus près de nous, deux compagnies sœurs, américaines, la Newaygo Forest Products et la Newaygo Timber Co, opéraient du côté de Hearst, dans le Nord-Est de l’Ontario, au milieu du 20e siècle; mais étaient-elles déjà en opération au début de ce siècle et auraient-elle eu affaire par chez nous?
 
Par ailleurs, d’après une résidente de longue date de l’endroit, il aurait était mentionné sur une affiche de l’époque et relevant d’une compagnie forestière : «No further we go»; les mots étant attribués à la traduction d’une directive amérindienne s’exprimant par «Newaygo». Mais la ressemblance ici entre un mot algonquin et sa traduction anglaise nous laisse perplexe… 
 
Il ne semble pas y avoir d'entité administrative, ni de délimitation propre à ce hameau; pourtant il était bien un arrêt officiel entre Montfort et Laurel-Station, sur la ligne Montréal - Huberdeau - Lac Rémi du Canadien National.
 
À notre arrivée à Newaygo, en 2003, on nous avait raconté qu’une étroite bande riveraine du lac était jadis réservée aux Indiens comme passage; mais que, suite à la hausse du niveau de l'eau du lac, cette dernière se retrouvait forcément sous l’eau. Il nous semble le plus probable que toute la région ait été plus ou moins désertée par les Algonquins depuis le milieu du 17e siècle, suite à l’invasion des Iroquois qui les avaient repoussés jusque dans les Hautes Laurentides actuelles. Sans compter que ceux qui pouvaient encore vivre dans la forêt allaient plus récemment être cantonnés dans des réserves  et plus ou moins assimilés pour laisser toute la place aux compagnies forestières. Au début du 19e siècle pourtant, il y avait encore des coureurs des bois, comme Stephen Jake Beaven du côté d’Arundel, qui vivait de chasse et de trappe et qui pratiquait la traite avec les Indiens. Des chemins, comme celui des Iroquois, des lacs et autres, rappelaient le passé autochtone des Laurentides.6 Mais, à part Newaygo et le lac Tamaracouta, il nous est difficile de trouver le moindre toponyme amérindien sur notre carte des Pays-d’en-Haut.7

La Commission de toponymie du Québec rappelle que Samuel de Champlain avait «identifié six groupes d’Algonquins lors de ses voyages, (dont) : les Weskarinis [ceux de la Petite Nation] qui fréquentaient les bassins de la rivière Rouge, de la Lièvre et de la Petite-Nation». La Commission explique que «leur toponymie est en grande partie tributaire du nomadisme … (et) inclut … l’ensemble des connaissances acquises sur le milieu naturel, les activités traditionnelles (chasse, trappe, cueillette), les objets de la culture matérielle (canot, toboggan, raquettes, vêtements, broderie, vannerie, etc.), et même les êtres et les esprits qui peuplent leur univers spirituel.» «Des traits marquants de l’hydrographie (passe, rapide, confluent, embouchure) et de la topographie (portage, pente, falaise)» en faisaient aussi partie. «En somme, la toponymie algonquine constitue un portrait vivant et omniprésent de ce peuple dans tout l’ouest et le sud du Québec». «Au Québec, la langue algonquine est … la plus parlée des trois langues autochtones, les autres étant la langue iroquoienne et la langue inuite (inuktitut). Elle est également, parmi les langues amérindiennes, celle qui est la plus représentée dans la toponymie québécoise.» «… (Ces) langues sont faites d’images … (appartenant) toutes à la nature.

«Au Québec, plusieurs toponymes sont des déformations d’expressions amérindiennes résultant de fausses interprétations ou de glissements incontrôlés. Ainsi Kazabazua, dans la vallée de la Gatineau, est un toponyme issu de l’expression algonquine Kitché-Badjiwane pour  désigner quelque chose qui s’engouffre sous terre. Dans ce cas-ci, c’est une petite rivière qui passe sous une élévation de pierres.» Tamaracouta (lac), près de Mille-Isles, semble aussi d’origine algonquine, mais la Commission ne lui attribue pas de signification; pourtant elle donne mélèze (d’Amérique ou laricin), dit épinette rouge au Québec, pour Tamarac(k). Selon «Histoire du Québec», le nom Tamaracouta indique la concentration de tamaracks près d’une étendue d’eau (couta).8

*Mot à mot : Le hameau près du lac où le fils du chef s’est étouffé avec une arête de truite arc-en-ciel prise dans la gorge… *Exact wording : The hamlet nearby the Lake where the Chief’s boy had a Rainbow Trout’s fish bone in his throat…

                                                                                               Carl Chapdelaine

Fonds Culture et Patrimoine 2018; appel de projets

La MRC des Pays-d’en-Haut annonce que, pour une onzième année, elle dispose d’un fonds de 30 000$ pour venir en aide à des projets de nature culturelle ou patrimoniale. Le préfet, M. André Genest, rappelle que «la culture est un élément essentiel au développement du territoire…» 


«Les demandes seront analysées à la lumière de critères d’attribution bien spécifiques. Ainsi, les projets soumis doivent se conformer à l’une des six orientations de la Politique culturelle de la MRC, témoigner d’un rayonnement significatif, contribuer au développement culturel du territoire de la MRC des Pays-d’en-Haut, démontrer qu’ils sont structurants et qu’ils représentent un apport important à la vitalité culturelle.» Voir pour plus de détails : Fonds-culture-et-patrimoine


La date limite pour le dépôt d’une demande est le 22 février 2018. L’aide financière ne pourra excéder 2 000$ pour la catégorie «projet culturel et patrimoine» et correspondra à un maximum de 50 % du coût total du projet.


Les personnes et groupes engagés dans le domaine de la culture ou du patrimoine de Wentworth-Nord pourraient certes identifier et proposer des projets susceptibles de répondre aux critères du programme. Pour se qualifier, ils devraient sans doute être d’abord à 50% financièrement appuyés par la Municipalité (si en accord avec la vision municipale…) ou quelque organisme disposant des fonds nécessaires.  


Les thèmes susceptibles de susciter un intérêt régional ne manquent pas. Que l’on songe à l’histoire bien chargée de Monfort et de son orphelinat; de la généalogie locale; du développement de la villégiature; du côtoiement des cultures francophones et anglophones; etc.; tous thèmes susceptibles de faire l’objet d’une présentation par des circuits historiques et patrimoniaux*, la publication d’un recueil, la présentation d’une murale, la création d’un site internet, l’inventaire des pierres tombales, l’identification d’un style d’architecture locale pour les résidences permanentes et les chalets, pour l’aménagement paysager autour de ces derniers, pour le village entier, un recueil d’histoires anciennes, ou autre.
Les projets par nos artistes ne devraient pas manquer davantage.

*Ce projet a déjà été présenté en juin dernier par la Table de concertation des Arts et de la Culture de Wentworth-Nord et s’est vu octroyé 2 000$.
Parmi la douzaine de projets ayant obtenu 2 000$ du Fonds en 2017, mentionnons aussi: «Mémoires d'ici», par la Société d'histoire de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson et d'Estérel, et «Sculptures collectives végétales», par Échelon des Pays-d'en-Haut.

Carl Chapdelaine

Le ciel des Weskarinis

Satisfaction et légère déception à la fois lorsque, nouveau venu au  lac Saint-François-Xavier, vous admirez ce ciel splendidement étoilé que vos yeux de Montréalais n’ont guère souvent l’occasion de contempler; il s’impose ici comme une nouvelle partie de votre environnement. Votre réserve vient du fait que la noirceur, celle qui convient le mieux à l’observation des étoiles, par une nuit sans lune, n’est pas encore ici totale. Les lumières de Morin-Heights et la lueur qu’elles laissent dans le ciel lointain, ne semblent jamais vouloir s’éteindre. Il y a aussi, tout proche, celles que plusieurs riverains du lac laissent en veille toute la nuit.


Mais votre horaire, comme celui  des poules, peut aussi ne plus correspondre aux heures de diffusion du spectacle; surtout lorsqu’il vous faut rejoindre en pleine nuit le bout d’un quai pour en profiter à 360°. Et puis, vous avez presque tout oublié de vos maigres bases en astronomie; de sorte que de retrouver la Grande et la Petite Ourse, voire identifier l’étoile Polaire ou Vénus, vous contente déjà. Alors quand revivrez-vous cette fascination qui remonte à la nuit des temps et, plus près de nous, à l’époque des Algonquins de la tribu des Weskarinis qui peuplaient ce territoire avant l’arrivée des Blancs?


Nous n’avons plus aujourd’hui besoin des astres pour nous orienter, et le côté mystère qu’ils pouvaient représenter aux peuples anciens nous a été en grande partie dévoilé.  On peut dès lors imaginer la place que le ciel nocturne pouvait occuper dans l’esprit de ces populations. L’étoile Polaire, ou du Nord, est très proche du point du ciel de notre hémisphère vers lequel pointe l’axe de rotation de la Terre, ou pôle nord céleste. De par cette position, elle nous semble immobile, alors que tout le ciel paraît tourner autour. Situé dans le même axe, le pôle nord céleste nous indique aussi le pôle nord terrestre ou géographique. L’étoile polaire était donc, de tout temps, un moyen de s’orienter, et l’on peut imaginer ainsi l’importance qu’elle prenait pour des populations nomades.


De nombreuses légendes sont nées sur la planète à partir de l’interprétation fabuleuse du ciel nocturne. Les peuples autochtones, qui vivaient en harmonie avec la nature, avaient bien conscience des phénomènes célestes et les expliquaient à leur manière; ils prenaient une grande place dans leur culture. Ils avaient déjà défini des constellations, représentant souvent des animaux, dont celle de l’ours, et y avaient associé des mythes. La position des astres leur servait de calendrier et de repère dans la détermination de certaines de leurs activités saisonnières. Pour les Algonquins, rapporte-t-on sur «The Ballyhoo», la Voie lactée était le «Parcours des âmes» qu’empruntent les morts pour aller vers l’inconnu. Chaque étoile de cette voie était un feu allumé le soir par un groupe de défunts qui pouvaient, de leur côté, voir les feux autour des tipis des vivants sur la terre. La communication entre les mortels et le monde des esprits était ainsi rendue possible et les chefs spirituels en connaissaient bien les rouages.


Tout en partageant la mythologie algonquine, les Weskarinis avaient aussi leurs histoires en propre sur le ciel des Laurentides. Ainsi, ils appelaient la pleine lune de janvier la Lune des loups, parce que c’était le moment privilégié où ces derniers hurlaient en cœur. Les couleurs du soleil couchant et la tête de l’ours semblaient aussi pouvoir leur indiquer le changement des saisons. La mythologie propre à ces tribus a certes été en grande partie perdue ou a évolué depuis la présence ici des Algonquins qui pourrait remonter au temps des pyramides, souligne The Ballyhoo.


Quelles que soient les sensations qui vous envahissent en contemplant la voûte céleste des Laurentides lorsque toutes les étoiles s’y allument, l’idée que les Premières Nations ont pu y asseoir un pan de leur culture, tout en l’utilisant comme boussole ou autrement, pourrait ajouter à votre émotion.        

Carl Chapdelaine    

Sources: Main StreetThe BallyhooLe Canada sous les étoiles

Le pavillon Montfort

Centre multifonctionnel
o Le Pavillon récréatif et communautaire de Montfort, sous la gouverne de la MRC des Pays-d’en-Haut et géré depuis le 1er mai 2015 par la Coop des 4 Pôles, est l’un des points d’accès au Parc du Corridor aérobique, ce «parcours récréatif de 58km entre Morin-Heights et Amherst». Alors que son hall d’entrée servait librement depuis plusieurs années d’accueil aux résidents et aux visiteurs, il offre désormais en plus les services d’un (une) préposé(e) à l’année.
o Les nouvelles activités récréotouristiques offertes par la Coop, grâce à la location de canots, suite à la construction d’un quai communautaire et de passerelles, ainsi que de vélos, entre autres, ont contribué à consolider le Pavillon dans son rôle. Et c’est sans compter la présence voisine de l’important Club de canoë-kayak Viking.
o De nouvelles fonctions ne cessent de se greffer au centre multifonctionnel, telle la station de lavage des embarcations.
o Il est en même temps, comme le Pavillon de Saint-Michel ou le Centre communautaire de Laurel, une salle de réunion pour la municipalité de Wentworth-Nord. S’y tiennent, une fois à tous les trois mois, les réunions du conseil municipal, sans compter les assemblées de consultation ou de présentation, les élections, voire d’éventuels référendums. La MRC y tient aussi, alternativement entre ses dix municipalités constituantes, sa séance mensuelle du conseil des maires.
o De nombreux événements organisés par les organismes locaux ou autres du secteur de Montfort, comme ces fameux Pot luck, et qui contribuent à la vie sociale de la collectivité profitent de la présence du Pavillon.
o Le rôle d’information joué ici n’a pas davantage cessé de s’accroître. À la disponibilité de cartes de la région et de dépliants d’information multiples, s’est ajoutée l’offre gratuite de l’accès à l’Internet.
o Le centre héberge aussi la Galerie d’art Montfort, logée dans le jubé arrière de l’ancienne église. En un espace plus que restreint, la Galerie arrive, comme c’est le cas avec l’exposition actuelle, à regrouper les dernières œuvres des artistes locaux, d’une imagination et d'un talent souvent inestimables.
o Des cours de planche à pagayer, de yoga maintenant et d’autres assurent au Pavillon un développement de ses activités, tandis que ses abords se transforment occasionnellement en jardin d’enfance.
o L'ancienne église demeure accessoirement un lieu de culte.

Au bon emplacement
o Le Pavillon Montfort desserts les résidents des principaux lacs et routes du secteur Nord-Est de la Municipalité.
o Il est situé avant même l’arrivée au village par le chemin de Montfort. Les visiteurs venus pour profiter d’une excursion en canot sur le lac Saint-François-Xavier ou faire du vélo sur le Corridor aérobique, de même que ceux qui comptent profiter des pistes de ski et de raquettes en hiver, n’ont donc pas à passer par le village lorsqu’ils peuvent profiter du stationnement du Pavillon pour y abandonner leur auto. En ce sens la promotion récréotouristique ne devrait guère augmenter le trafic dans le village de Montfort, ou même jusqu’au cul de sac du chemin Newaygo. On est amené à comparer la situation à celle de certains villages de la côte est des États-Unis, toute proche, où à celui du Mont-Tremblant, où vous laissez votre voiture à l’entrée; un atout rêvé pour notre urbaniste.
o L’ouverture du chemin du Lac-Thurson toutefois, avec son stationnement en construction, comme déjà la création d’un parking sur le Corridor aérobique, près du parc de la Plaque tournante, amènent par contre le visiteur à traverser le village, ce qui est une mesure d’augmentation du trafic d’autos. Ne faudrait-il pas alors, dans le futur, plutôt permettre toute expansion de places de stationnement uniquement aux abords du Pavillon?

L’avenir du Pavillon Montfort
o Face à la controverse devant la promotion récréotouristique poursuivie par la MRC et la Municipalité, maintenant objet de divergences dans l’adoption du Plan d’urbanisme municipal révisé et dans la campagne électorale, quelle sera l’évolution du rôle et des activités du Pavillon? Où en sont les projets d’expansion dont nous parlait le maire Genest? Des eaux bien troubles pour le conseil d’administration de la Coop des 4 Pôles et de sa nouvelle directrice générale, Mme Nymark, qui devraient bientôt tenir une séance de consultation dans ce même pavillon.

Carl Chapdelaine

La Mémoire à Wentworth-Nord

Un nouveau numéro de la Mémoire (Été 2017, n° 143), le bulletin de la Société d’histoire et de généalogie des Pays-d’en-Haut (SHGPH), vient de paraître. Il est en bonne partie consacré au patrimoine de la Municipalité. Cette initiative avait été annoncée lors de la rencontre du printemps, à Laurel, des représentants de la SHGPH avec le Comité du patrimoine de Wentworth-Nord et les autorités municipales impliqués dans cette démarche.
 
Un premier article traite de la naissance de la municipalité. Un deuxième, sous la signature du maire Genest, s’intitule; «Notion de paysage». Un troisième retrace le patrimoine religieux, avec les trois églises, reflets d’une époque et d’un style architectural. Un quatrième, intitulé «Caractérisation des bâtiments d’intérêt», aligne des photos des maisons anciennes, principalement à Montfort, avec description de leur évolution au cours des ans, s’il y a lieu, ainsi que de leur histoire.
 
Par ailleurs, on parle aussi de la famille Janson et de ses origines, ainsi que de l’implication de M. Fernand Janson dans la recherche et la présentation du patrimoine et de la généalogie régionale.
 
Lors de la rencontre initiale, une exposition à Wentworth-Nord, à l’aide du matériel historique ramassé à cette occasion, avait également été promise pour cet été. Vous pouvez probablement trouver ce numéro à la bibliothèque de la municipalité, ou vous le procurer au bureau de la SHGPH, au Chalet Pauline-Vanier, de Saint-Sauveur. SHGPH

Le patrimoine de Wentworth-Nord

Carl Chapdelaine

Le patrimoine de Wentworth-Nord

Le 20 mars dernier avait lieu, à la bibliothèque municipale, une rencontre entre le Comité patrimoine de la Société d’histoire et de généalogie des Pays-d’en-Haut (SHGPH), des citoyens de la Municipalité intéressés à agir pour la remémoration de ce patrimoine ainsi que des dirigeants municipaux. L’objet de cette rencontre était la récolte d’anciennes photos et d’évocations du passé pour, entre autres, produire un prochain numéro de la publication de la Société, La Mémoire, qui sera consacré au patrimoine et aux richesses collectives de Wentworth-Nord. Il n’y a qu’à mentionner évidemment la création et le développement du village de Montfort parallèlement à celui de son orphelinat agricole.

La collecte a porté fruits et permettra aussi le montage d’une exposition des «trésors de la municipalité», dès cet été. Les échanges ont également orienté la SHGPH vers les avenues à privilégier dans sa démarche. La Société a profité, en 2016, d’un soutien financier de la MRC, dans le cadre du programme Fonds et culture, qui lui permet d’aller de l’avant avec son projet de «mise en valeur du patrimoine et des paysages de la municipalité de Wentworth-Nord».

À travers  cette initiative, un nouveau Comité du patrimoine de Wentworth-Nord est devenu un interlocuteur privilégié de la SHGPH, et des promesses de collaboration ont été échangées. Ce comité apparaît sur une photo prise le 20 mars et publiée dans La Mémoire Hiver 2017, no 142. On y retrouve Mesdames Hélène Fortin et Line Chapados, Messieurs Yves Léveillé et Fernand Janson, qui a déjà publié le résultat de ses recherches sur les premières familles de Montfort et autres composantes historiques, ainsi que Monsieur Alex Piché et le Maire André Genest. Ne vous demandez donc pas ce que ce Comité du patrimoine peut récolter pour vous; mais plutôt ce que vous pouvez lui fournir…

Contact: M. Fernand Janson (laurelfj@hotmail.com)                                                                                                                          Carl Chapdelaine

Ps: Peut-être un panneau-murale à représentation historique à l'entrée de Montfort?

Familles de Montfort en 1901, 1911 et 1921

Dans son bulletin «Le Contact», de la Société d’Histoire et du Patrimoine des Trois Villages, Monsieur Fernand Janson a déjà publié des données très élaborées sur les premières familles de Montfort. M. Janson indique que «Des neuf familles établies à Notre-Dame de Monfort en 1881, quatre habitent toujours à Montfort en 1901. Ce sont les familles : Michel Prud’homme/Constantineau, François Cyr, Eustache Leduc et Joseph Charbonneau.» Il en détaille même une généalogie ponctuelle. Nous connaissons plusieurs descendants de ces familles aujourd’hui.


Les recensements du Canada1 furent une source inestimable de données sur la population du village. Ils indiquaient alors, en plus des noms des pères et mères ainsi que de leurs enfants, leur lieu de domicile, leur sexe, le mois, l’année et le lieu de naissance, leur origine, leur nationalité, leur religion, leur occupation avec leur gain, et même s’ils savaient lire et écrire. Vous avez accès à tous ces détails par internet pour les recensements de 1901 et 1911; mais le travail est laborieux et certaines pages semblent impossibles à trouver.2 Pour 1921, Statistique Canada a confié à Ancestry.ca le soin de présenter ces données numérisées; et ça semble être une bonne chose lorsque l’on en voit la présentation. La comparaison avec les deux recensements précédents s’avère toutefois difficile. C’est du travail pour les amateurs de généalogie ou ceux qui descendent de ces familles.

S’inscrire à Ancestry.ca pour accéder au recensement de 1921 est gratuit; mais il faut quand même entrer ses coordonnées.3 (Sur leur page d’accueil, choisissez plutôt la page «Recherche», puis «Recensements et liste des électeurs», et enfin «Recensement du Canada de 1921» dans leur «Collections en vedette». Dans «Parcourez cette collection», cherchez pour le district d’Argenteuil, puis les sous-districts 18 pour Montfort ou 24 pour l’orphelinat, pour faire sortir toutes les pages. Lorsque l’on zoome, les noms, les titres des colonnes et le rectangle où pointe la main apparaissent dactylographiés.)

Carl Chapdelaine

1. Le premier recensement après la Confédération a eu lieu en 1871; le deuxième en 1881, etc.

2. Recensement 1901 (Dans la «Recherche avancée», essayer avec Argenteuil (district) --> Wentworth (sous-district) --> Tassé, sur le document en PDF.) Page 1 : Chales, Charbonneau, Poulin, Gervais, Dionne, Plouffe, Maillé, Lafontaine, Tassé, Paquin, Chisdom, McEvans?, MacGuire?  Page 2 : Tassé, Beauchamp, Desjardins, Forgette, Lacroix, Paradis, Laporte et Corbeil. 

Recensement de 1911 (Dans la «Recherche avancée», essayer avec Argenteuil --> Wentworth --> Watchorn, sur le document en PDF.) Page 1 : Constantineau, Corbeil, O’connor, Leduc, Robert, Bélanger, Forget, Millette et Tassé. Page 2 : Cleary, Neill, Watchorn, Boyd, Hall, Hammond, Letts, Crestwell, Conlin et Brown.

3. Recensement 1921 (Ancestry.ca)

Carte de 1897

Analyse de la carte de 1897
En médaillon: Carton centré sur le lac Saint-François-Xavier; ici à droite : ->
Tracé du chemin de fer
À la hauteur des lacs Chevreuil et Saint-François-Xavier, le tracé du Chemin de Fer de Colonisation de Montfort semble avoir été corrigé par un trait noir simple. Alors qu’il filait presque en ligne droite, au sud du premier en arrivant de Morin Flat, et au nord du second après avoir passé entre ces deux lacs, avec un arrêt certain à l’orphelinat, le trait de crayon le fait maintenant se diriger sur la voie qu’on lui connaît aujourd’hui en tant que Corridor aérobique. Cela lui permet de traverser le lac Saint-François-Xavier par le pont à tréteaux, entre les bassins Montfort et Newaygo. Peut-être que la voie avait effectivement changé de tracé pour mieux suivre le bord des lacs et desservir l’actuel Newaygo. La Compagnie de Chemin de Fer de Colonisation de Montfort avait bien réaménagé les voies, précisément en 1897, pour remplacer l’espacement de 3 pieds du «chemin de fer économique» par celui du nouveau standard, de 4’ 8½’’. À cette occasion, la «Jonction de Montfort» avait déménagé en banlieue sud de Saint-Jérôme, où put se faire le raccordement avec les voies de même espacement du CPR1.
La carte montre que notre ligne du Chemin de Fer de Colonisation continue jusqu’à Arundel, voie toujours empruntée par le Corridor aérobique.

Chemins disparus
La carte indique aussi qu’un chemin, en majeure partie disparu, partait de l’actuel chemin des Montfortains, en passant au nord du lac Wheeler, puis entre le Lac-à-la-Croix et le lac Saint-François-Xavier. De ce dernier passage, soit il filait directement en direction du Grand Lac Noir (suivant la limite entre les lots IX et X). Il contournait ce lac par le nord avant de redescendre et rejoindre Laurel, par une section apparemment évanouie aujourd’hui, tandis qu’un embranchement atteignait le passage entre le lac des Seize Îles et le lac Laurel.  Soit il rejoignait, par bifurcation perpendiculaire, un chemin à l’ouest du bassin Newaygo, en direction de Laurel-Station et dont la dernière section semble correspondre à un chemin actuel rejoignant ce dernier endroit. 

La Rivière-à-Simon
Le tracé de la Rivière à Simon n’est pas celui que l’on retrouve sur les cartes d’aujourd’hui. Il  correspond plutôt à celui du ruisseau Jackson, avec sa source au lac Anne. Ce ruisseau poursuit sa route jusqu’au lac Écho avant de rejoindre l’actuelle Rivière à Simon, en passant par les lacs Daïnava et Seale.2  Le ruisseau Jackson devait donc être, si l’on se fie à la carte de 1897, la première section de ce que l’on désignait alors comme la Rivière à Simon. Le cartographe se serait-Il trompé? Le choix des bons affluents pour déterminer le tracé principal d’une rivière n’est pas toujours évident. Ou plutôt, l'édification, en 1900, du grand barrage au pied du lac Saint-François-Xavier, tributaire de l’actuelle Rivière à Simon, aurait-elle modifié son débit pour en faire le cours d'eau principal, reléguant le ruisseau Jackson au rang de simple affluent?

                                                                                                                                                                             Carl Chapdelaine
1. The Montfort Story, par O.S.A. Lavallee, Canadian Rail, numéro 135: Canadian Rail 
2. Ruisseau Jackson aire naturelle protégée (RJANP) : ruisseaujackson.org
Plus de clarté dans celle-ci, à télécharger? :
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Source: Map Showing The Principal Lakes Of The Region North of Montreal Reached By The Canadian Pacific Railway  J.H. Leclair 28 juin 1897 Bibliothèque et Archives nationales du Québec BAnQ Vieux-Montréal Fonds Cour supérieure. District judiciaire de Montréal. Greffes d'arpenteurs Arthur Vincent incorporée CA601,S171,SS1,SSS2,D3-15-51 

Les Irlandais à Wentworth-Nord

Les historiens relatent que les premières familles colonisatrices s’étant établies, dans les années 1850, dans le coin nord-ouest du canton de Wentworth, devenu Laurel, venaient d’Irlande. Ils surnommèrent leur région «New Ireland». Un siècle plus tard, tout le secteur en forme de L, à l’ouest et au nord de ce canton, de Saint-Michel à Montfort, deviendrait Wentworth-Nord.
La grande famine de 1847 en Irlande avait occasionné ce flux exceptionnel d’immigrants irlandais au Québec. Mais du sang irlandais coule aussi dans les veines de nombreux habitants et villégiateurs de la Municipalité qui ne descendent pas forcément de ces pionniers, comme le soussigné…

Carl Chapdelaine

Chemins de colonisation

Dans son bulletin «Le Contact», été 2008, de la Société d'Histoire et du Patrimoine des Trois Villages, M. Fernand Janson publie un ancien plan de lotissement des environs du lac Saint-François-Xavier.
On peut voir, sur la carte topographique d'aujourd'hui ci-jointe, la reproduction approximative de deux chemins existants à l'époque et traversant en long les rangs 10 et 11. Chemins de bois à l'origine, explique M. Janson, celui du rang 10 permettait de se rendre à l'Orphelinat agricole de Notre-Dame de Montfort. On pouvait ainsi y arriver de Saint-Jérôme, en passant par Mille-Îles. C'était «avant la construction du Grand chemin de colonisation, la future route 364 ouest. Il permettait également de se rendre à Laurel, en passant à l'ouest des lacs Noir et Argenté.» Ce chemin est devenu les chemins Jackson et des Montfortains; alors que sa branche ouest est disparue.
Quant au chemin traversant le rang 11, il se dirigeait, à l'est, vers Saint-Sauveur et, à l'ouest, deviendra la route Principale vers Laurel.
Carl Chapdelaine

Huberdeau: l'héritage de Montfort

Entre-temps, ce projet réussi de colonisation (Montfort) aura aussi engendré la création d'un établissement agricole sur la Rivière Rouge, dans le canton d'Arundel, établi sur des terres plus fertiles et qui pourrait accueillir une partie des jeunes formés à l'orphelinat, distant de trente milles.

Montfort

Entente signée avec les propriétaires qui empêchaient le passage, via le Corridor aérobique, jusqu'à Huberdeau!

L'information du Nord - Mont-Tremblant

L'Auberge de la P'tite Mary

D'après «Profils de femmes», non publié, de Laurette Paquin (1920-1999)
En cette fin du XIXe siècle, Montfort n'avait qu'une trentaine de maisons, bien alignées, avec l'église, le presbytère, l'hôtel, le magasin général et l'orphelinat plus loin. Il y avait aussi, un peu à l‘écart, une belle et grande demeure avec des colonnes blanches à l'entrée; ce devait être L'auberge de la P'tite Mary.
Comment la petite rousse de seize ans que l'on surnommerait ainsi avait-elle pu quitter seule son Écosse et la maison familiale pour aboutir dans ce nouveau village des Laurentides? Quel rôle M. Brown, un importateur de tissus fins, avait-il eu à jouer dans ce scénario? La photo de mariage de Mary, devenue Mme Paradis, qui trônait sur le buffet de l'auberge, en dirait long sur cette histoire. Heureusement que Laurette Paquin, la petite-fille de l'Écossaise, a fait un récit des souvenirs de son enfance.
Mary allait transformer la grande maison en pension-auberge pour les travailleurs à loger à la semaine. Une description de cet environnement et de la vie à l'auberge nous ramène en arrière d'un siècle. Le bain chaud se prenait le samedi après-midi, dans un coin protégé de la cuisine; les hommes se prêtaient de bonne grâce à ce rituel.
Puis Mary allait perdre son mari, victime d'un accident de chasse; le corps serait exposé dans la maison, avec le rituel de l'époque, sur des planches aménagées à cet effet et recouvertes d'un drap. Mary, ayant appris à ne compter que sur elle-même, continua à mener l'auberge jusqu'au jour où tout bascula à nouveau. Mary allait alors quitter Montfort et… emporter son auberge!
Vous découvrirez l'histoire, réelle ou pas, de la P'tite Mary et de son auberge dans notre bulletin du printemps 2014.
Carl Chapdelaine

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Premier train à vapeur

Le Chemin de fer de colonisation de Montfort serait arrivé à ce village en 1894; c'était une voie étroite (3 pieds), dite «chemin de fer économique», partant de la «Jonction de Montfort», alors au nord de Shawbridge. La photo ci-jointe, datée de 1895, devrait correspondre à cette situation.
Les deux locomotives appropriées en service, ainsi que les wagons et autre équipement spécifique, provenaient possiblement de la région de l'Abitibi-Témiscamingue où l'on venait justement de remplacer ce type de chemin de fer à voie étroite pour un standard d'espacement plus large.
Mais dès l'été 1897, la Compagnie de Chemin de Fer de Colonisation de Montfort, qui changerait son nom pour Chemin de fer de colonisation de Montfort & Gatineau, dans l'espoir de rejoindre cette dernière région via Huberdeau, suivit et réaménagea les voies pour se conformer au standard du système ferroviaire en usage dans l'Est du pays, avec un espacement de 4 pieds 8 pouces et ½.
La Jonction de Montfort déménagea en banlieue sud de Saint-Jérôme, où put se faire le raccordement avec les voies du même standard du CPR.
Source: The Montfort Story, par O.S.A. Lavallee, Canadian Rail, numéro 135: http://www.exporail.org/can_rail/Canadian%20Rail_no135_1962.pdf.

Un autre article du Canadian Rail: Montréal - Montfort - Huberdeau: http://www.exporail.org/can_rail/Canadian%20Rail_no284_1975.pdf.

Le dernier train

Route 34 : Frenieres - Lac Remi; voir: Jim Fergusson's Quebec& Labrador Railways - SL 150 ; Passenger stations & stops; Canadian National Rly (1-53). ligne 34.  http://www.railwaystationlists.co.uk/pdfcanada/quebecandlabradorrlys.pdf (p. 8)

Abandon de la ligne: «This arrangement would be similar to that covering the abandonment two years ago of part of the National's picturesque Montfort Subdivision in Quebec. The adjacent photograph (p.273: vers la fin du document) shows a passenger train following the shores of Lac St. Francois Xavier between the villages of Montfort and Newaygo.»
http://www.exporail.org/can_rail/Canadian%20Rail_no160_1964.pdf Photo - P.Ganley

Dernier train (diesel) pour Montfort; voir photo du train à vapeur no 5295 et le récit du dernier voyage p. 91 : «Farewell» : http://www.exporail.org/can_rail/Canadian%20Rail_no134_1962.pdf

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Montfort Leduc

Souvenirs recueillis de M. Jean-Louis Levasseur, orphelin hébergé à l'orphelinat à la fin des années 40 et gendre de «Montfort Leduc», le premier bébé masculin à avoir été baptisé au village (1883). Dans «Bulletin du Lac Saint-François-Xavier», automne 2010.
«Un arrêt de chemin de fer desservait l'institution; puis le train à vapeur s'arrêtait à la gare, à la jonction de l'autre partie du lac. Il arrivait le vendredi. Dans ses bagages, il y avait les bobines d'un film; la diffusion avait lieu le vendredi soir pour le public du village et le samedi soir pour les orphelins. Il y avait rediffusion le dimanche lorsqu'il faisait mauvais temps. Le train repartait le lundi. On montait aussi des pièces de théâtre et l'on tenait des concerts. Le quatuor Alouette3 fut au programme, de même que le jeune chanteur prodige, Gérard Barbeau, soprano de renommée mondiale. Gérard Barbeau chante Tristesse de Chopin (Etude Op 10 No.3); YouTube

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Les origines de Montfort

C'est à l'hiver 1880-1881 qu'un groupe de citoyens de Montréal manifesta l'intention d'acheter quelques lots dans l'un des Cantons du Nord. Le projet se mariait très bien avec le mouvement patriotique associé plus tôt au célèbre curé de Saint-Jérôme, François-Xavier-Antoine Labelle; il se doublait de l'intention d'y créer un orphelinat.

Trois éclaireurs s'aventurèrent alors dans les forêts de ces cantons, à la recherche d'un endroit propice. Après maintes recherches, ils arrivèrent dans le nord du canton de Wentworth, au onzième rang, en plein bois, au pied du lac dédié à l'apôtre des Indes et du Japon (saint François Xavier)». Là, près d'où naîtrait bientôt le moulin et l'orphelinat, ils estimèrent avoir trouvé le lieu approprié, à la fois suffisamment rapproché de Montréal et surtout de Saint-Jérôme. Le sol, quoique rocheux, leur paraissait acceptable et la forêt regorgeait d'arbres de bonne qualité, une ressource déjà primordiale à l'époque.

À Montréal, dans les deux mois qui suivirent et à l'aide d'une carte approximative du territoire, ce furent une soixantaine de braves qui achetèrent du gouvernement les premiers lots dont la plupart n'avaient encore rien vu. Cela serait suffisant pour envisager de créer, un jour, une paroisse «qu'il fut d'abord convenu de nommer Notre-Dame des Lacs à raison des nombreux lacs qui s'y trouvent».

On défriche; charpentiers, maçons et menuisiers s'affairent; des moulins, des scieries et l'aile droite de l'orphelinat sortent de terre. C'était déjà à l'automne 1881 que, devant la nécessité de construire «un moulin, à scie, à bardeaux, etc., M. Joseph Bureau avait découvert un pouvoir d'eau». «Des habitations se dressent tour à tour pour y abriter ces nouveaux paroissiens.»

Le 24 août 1883, accompagnant un contingent d'orphelins de la ville, deux pères et six frères de la Compagnie de Marie arrivèrent de France pour prendre le chemin et l'administration de l'orphelinat agricole. C'est en l'honneur du fondateur de leur communauté que la paroisse porterait finalement le nom de Notre-Dame de Montfort.

Une décennie plus tard, la voie ferrée, déjà rendue à Saint-Sauveur, prendrait aussi la direction de ce nouveau village. On ne mettrait pas plus de deux heures et demie pour s'y rendre. Entre-temps, ce projet réussi de colonisation aura aussi engendré la création d'un établissement agricole sur la Rivière Rouge, dans le canton d'Arundel, établi sur des terres plus fertiles et qui pourrait accueillir une partie des jeunes formés à l'orphelinat, distant de trente milles.

Sources : L'essentiel du contenu de cet article provient de la publication : «Orphelinats agricoles de Notre-Dame de Montfort», en deux éditions dont l'une, la moins apologétique et parue à Montréal en 1883, se retrouve sur le lien suivant : http://www.archive.org/details/cihm_02187

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Municipalité de Wentworth-Nord

Montfort est l'un des trois villages de Wentworth-Nord et est situé au Nord-Est de cette municipalité.
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